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L'effet Coupe du monde sur les prénoms : ce que disent les chiffres INSEE

Zinédine en 1998, Kylian en 2018, Achraf en 2022 : une victoire en Coupe du monde fait-elle vraiment naître des bébés qui portent le prénom du héros ? Analyse des données INSEE.

8 min de lecture

C’est une intuition que tout le monde a déjà eue : après une grande compétition, certains prénoms explosent. On l’a tous entendu dit à table, sans jamais vraiment le vérifier.

Or c’est vérifiable. L’INSEE publie chaque année le nombre de naissances par prénom en France, et cette série remonte à 1900. Nous avons croisé ces données avec les grandes dates du football pour répondre à une question simple : une victoire en Coupe du monde fait-elle réellement bouger les prénoms donnés aux bébés français ?

La réponse est oui — mais pas pour tout le monde, et jamais très longtemps.

1998 : le cas Zinédine, le plus net de tous

Commençons par le plus spectaculaire. Avant la Coupe du monde 1998, le prénom Zinédine existe en France, mais confidentiellement : une poignée de naissances par an depuis les années 1950, puis une lente montée dans les années 1990.

AnnéeNaissances en France
199640
199750
1998195
1999120
2000110

Le 12 juillet 1998, Zinédine Zidane marque deux buts en finale et la France est championne du monde. Sur l’année, le prénom est multiplié par près de quatre par rapport à 1997. C’est de très loin la plus forte progression que nous ayons trouvée dans les données.

Plus intéressant encore : l’effet se reproduit huit ans plus tard. En 2006, année de la finale perdue contre l’Italie — et du dernier match de Zidane, Ballon d’or du tournoi malgré tout — le prénom remonte à 155 naissances, contre 105 l’année précédente. Une deuxième vague, plus faible, mais bien réelle.

Depuis, la courbe redescend doucement : une cinquantaine de naissances par an au milieu des années 2010, moins de trente aujourd’hui. Le prénom n’a pas disparu, mais il est retourné à son niveau de fond.

2018 : le cas Kylian, plus subtil qu’il n’y paraît

Vingt ans plus tard, la France gagne à nouveau. Et Kylian, qui avait déjà connu son heure de gloire au milieu des années 2000, était en train de décliner.

AnnéeNaissances en France
2015945
2016795
2017940
20181 230
2019945
2020665

Regardez bien la mécanique. Le prénom baisse jusqu’en 2016. Il remonte en 2017 — la saison où Kylian Mbappé explose à Monaco. Puis il bondit de 31 % en 2018, l’année du titre mondial. Et dès 2019, il retombe exactement à son niveau d’avant.

Un pic d’un an. Pas une tendance de fond.

La suite est encore plus parlante : en 2024, le prénom Kylian n’était plus donné qu’à 220 bébés en France, soit une chute de plus de 80 % par rapport à 2018. La carrière du joueur, elle, n’a pas décliné. Le prénom, si.

Autrement dit : l’événement crée une vague, il ne crée pas une mode durable. C’est une distinction qui compte si vous choisissez un prénom en ce moment, et nous y revenons plus bas.

2022 : le cas Achraf, l’effet qu’on n’avait pas vu venir

Celui-là est notre trouvaille préférée, parce qu’il ne concerne pas l’équipe de France.

Au Mondial 2022, le Maroc atteint les demi-finales — une première pour une sélection africaine. Achraf Hakimi est l’une des figures de ce parcours. Dans les données françaises, le prénom Achraf suivait une pente descendante depuis dix ans.

AnnéeNaissances en France
202035
202130
202260
202355
202455

Le prénom double en 2022. Et contrairement à Kylian, il ne retombe pas : il se stabilise à son nouveau niveau les deux années suivantes.

C’est un rappel utile que les prénoms circulent avec les émotions collectives, et que celles-ci ne s’arrêtent pas aux frontières d’une sélection nationale. Un phénomène qu’on retrouve plus largement dans l’influence des origines culturelles sur le choix d’un prénom.

2024 : le cas Lamine, l’effet en train de se produire

Dernier exemple, et le plus frais : Lamine. Le prénom progressait déjà régulièrement depuis dix ans en France. Puis arrive l’été 2024, l’Euro remporté par l’Espagne, et la révélation Lamine Yamal, 16 ans à l’époque.

AnnéeNaissances en France
202195
2022100
2023100
2024135

Plus 35 % en un an, et un record historique pour ce prénom. Les données INSEE s’arrêtant à 2024, nous ne pouvons pas encore mesurer l’effet du titre mondial de 2026 — mais si le schéma se répète, l’année 2026 devrait marquer un nouveau sommet.

Nous mettrons cet article à jour à la publication du prochain fichier INSEE.

Les prénoms sur lesquels ça n’a pas marché du tout

C’est là que l’exercice devient intéressant, parce que les contre-exemples sont nombreux — et instructifs.

Lionel. Messi est champion du monde en 2022 et vice-champion en 2026. Dans les données françaises : rien. Strictement rien. Le prénom Lionel plafonne autour de 40 naissances par an et n’a pas bougé d’un pouce. Il faut dire qu’en France, Lionel n’est pas un prénom exotique associé à une star : c’est un prénom de la génération 1970, dont le pic remonte à 1971 avec plus de 4 000 naissances. Trop connoté « papa », voire « grand-père ». Une gloire mondiale ne suffit pas à effacer une image générationnelle.

Neymar. 125 naissances en France en quatorze ans, toutes années confondues. Le prénom n’a jamais décollé, malgré une décennie de surexposition médiatique.

Rodrigo. Ballon d’or du tournoi 2026, et pourtant le prénom Rodrigo est en déclin continu en France depuis son pic de 2014.

Qu’est-ce qui distingue Zinédine, Kylian et Achraf de Lionel, Neymar et Rodrigo ? Une hypothèse tient plutôt bien : l’effet joue quand le prénom est disponible. Zinédine et Achraf étaient rares et sans connotation générationnelle en France — de la place libre. Kylian était en creux, prêt à rebondir. Lionel, à l’inverse, était déjà saturé de sens. On ne prénomme pas son fils comme son oncle.

Les limites de l’exercice (parce qu’il y en a)

Nous préférons le dire clairement plutôt que de vendre une science exacte.

Corrélation n’est pas causalité. Nous observons des pics qui coïncident avec des événements. Nous ne prouvons pas un lien de cause à effet. D’autres facteurs — séries télé, chansons, personnalités hors sport — agissent en même temps.

Un cas nous résiste. Le prénom Diego a bondi de 775 à 1 015 naissances en 2018, exactement comme Kylian, alors que l’Argentine avait été éliminée en huitièmes et que Maradona n’était pas d’actualité. Nous n’avons pas d’explication satisfaisante. C’est le genre de détail qui doit inciter à la prudence sur les autres cas.

Les chiffres INSEE sont arrondis. Le fichier des prénoms arrondit les effectifs à la dizaine ou au multiple de cinq selon les tranches, et ne recense pas les prénoms attribués à moins de 20 enfants sur l’ensemble de la période. Sur les petits volumes, les variations relatives sont donc à manier avec précaution.

La série s’arrête en 2024. Tout ce qui concerne 2025 et 2026 relève de la projection, pas de la mesure.

Ce que ça change pour votre choix

Si vous cherchez un prénom en ce moment, il y a une leçon pratique dans ces courbes, et elle n’est pas celle qu’on croit.

Le prénom d’un héros du moment est, presque par définition, un prénom daté. Un enfant né en 2018 et prénommé Kylian portera toute sa vie un marqueur d’époque parfaitement lisible — de la même façon qu’un Zinédine né en 1998 ou un Kevin né en 1991. Ce n’est ni bien ni mal : c’est simplement une information à avoir avant de décider. Certains parents adorent l’idée d’un prénom qui raconte une année précise. D’autres la fuient.

Si vous êtes dans le second cas, notre article sur les prénoms uniques face aux prénoms classiques et celui sur les tendances 2026 vous aideront à situer vos favoris sur cet axe. Et si l’inverse vous plaît, les prénoms rétro qui reviennent montrent qu’un prénom daté finit toujours par redevenir charmant — il faut juste attendre trente ans.

Enfin, si vous voulez creuser le sens plutôt que la mode, commencez par notre guide de l’étymologie des prénoms ou par le décodage des prénoms du palmarès 2026.

Voir la popularité réelle de vos prénoms préférés

Chaque fiche prénom du répertoire Namie affiche sa popularité réelle, calculée sur les données INSEE — pas une impression, un chiffre. Vous pouvez ainsi vérifier avant de choisir si votre coup de cœur est en train de monter, de plafonner ou de s’effondrer.

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Sources : INSEE, fichier des prénoms (France, 1900-2024), consulté en juillet 2026 ; palmarès officiels FIFA. Analyse réalisée sur la base de données de prénoms Namie. Pour aller plus loin, lisez notre article sur les prénoms de la Coupe du monde 2026 et notre top des prénoms par origine.

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